Décidez (la question du Qui ?)

C’est un impératif. Pas juste « une fois pour toute » tous les 5 ans, comme nous avons été habitués à nous le représenter dans l’élection présidentielle. Et puis Basta ! « Fini ». Comme une vaine tentative, l’occasion unique d’un basculement. Avec soit grande espérance ou bien sans trop y croire. Comme on joue sa chance.

Dire cela peut pour certains vous sembler étrange. Car nous avons été maintenus à l’écart de la décision, avec l’illusion que les élections y suffiraient. Qu’à tous les niveaux de responsabilité, quelqu’un quelque part « s’en occupe » et, en cas de défaillance à sa charge, que la somme de nos déceptions permettrait à la fin peut être de remplacer.

Décidez. Parce que l’indignation a fait son temps, et qu’elle ne suffit plus. Durant ces dernières années sur tous sujets, nombreux sont celles et ceux qui ont manifesté : citoyens ordinaires, travailleurs, écologistes, gilets jaunes… la liste est longue. Mais se faire entendre est devenu difficile, voir illusoire, coincés entre un exécutif et sa milice, les forces d’un certain « ordre », ses juges, ses médias, aux quelles viennent s’ajoutent d’autres plus retorses, combinaison de richesse et de violence. La doxa de la bonne pensée, la bonne société : tout un continuum…

Tirant leçons des crises du moment, fleurissent des initiatives pour tenter d’y répondre, des appels de collectifs : convention citoyenne pour le climat, Conseil National de la Nouvelle Résistance, articles dans la presse… Essentiellement tournés vers ce qu’il faudra faire nécessairement. Mais quoi ? rien sur la décision ? Pourtant années après années, vous entendrez que « les travaux ont été fait », que l’on « sait ce qu’il faut faire ».

Les crises que nous traversons nous montrent principalement la chose suivante : aux décisions d’un petit groupe, les risques de l’arbitraire pour le plus grand nombre sont accrus, particulièrement pour les catégories sans pouvoir de la population. (Infantilisation : au point de se voir imposer à tous un déclaratif pour s’autoriser à sortir.)

Les élites économiques ne sont pas concernées. Bien à l’abri elles sont préservées de nos tourments, et sont les gagnants des décisions qu’elles prennent ou soutiennent à nos dépens. Les médias ne sont pas intéressés par la résolution des problèmes, d’une part car ce n’est pas leur rôle, et de facto ils en vivent. Ceux-ci vous abreuvent d’actualités, l’une chassant l’autre, auxquelles nous pouvons seulement réagir, au lieu d’agir sur elles. Un tumulte incessant qui génère ce sentiment de dépassement, d’impuissance, de dépossession.

Décider concrètement ? Réellement ? Est-ce que nous le voulons tous, tous les jours, à tous propos ?

Ce n’est pas chose simple à réaliser. Pourtant si vous y renoncez, votre volonté de citoyen sera toujours flouée, contrainte, ou simplement niée. Ainsi, est souverain celui et celle qui prend les décisions, ou influe suffisamment sur elles. C’est le sens de la démocratie et de la citoyenneté.

En substance, si vous ne vous « en mêlez » pas, il est (probable sinon) certain que cela soit fait par d’autres à vos dépends. Il s’agit d’agir ou d’être agit. Car dans toute société cette responsabilité doit être prise. Quel serait alors l’intérêt des uns de répondre aux besoins de tous les autres ?

Poser la question première : Qui ? avant les Quoi et les Comment. Vous ne pouvez y échapper si vous voulez voir advenir vos changements. Vous, le peuple acteur des révolutions : vous êtes non seulement ses initiateurs, son objectif et la raison qui la guide. Vous êtes aussi son aboutissement. C’est pour cela que les révolutions ne demandent rien. Elles transforment ses acteurs à l’extérieur dans leurs prérogatives nouvellement acquises et à l’intérieur dans leurs représentations d’eux mêmes.

Nous sommes encore bercés par une illusion : la figure du bon Roi. Car celle-ci représente la vertu que l’on voudrait présente en chacun de nous, (du moins dans nos bons jours). La Bonté ainsi personnifiée fait œuvre d’exemple, et par la même nous dispense de l’exigence ou la promesse d’être bons ou responsables nous même « à tout moment ». Se risquer à s’accommoder de son absence, et naîtra alors le chacun pour soi, la souffrance du nombre au profit d’une partie toujours plus réduite.

Il faut enjoindre nos co-citoyens à vouloir décider, à construire une organisation des droits dans laquelle ils seront amenés demain à agir en responsabilité. Dans un temps démocratique nécessaire : en plus de vos amours, vos séries préférées, vos enfants familles amis, votre santé, vos études, votre activité de métier… (etc.)

Se donner à soi même le pouvoir de décider, ce peut être une morale plus large qui serait insufflée. Vous pourrez vous tromper, sûrement, mais par la suite apprendre de vos erreurs, avec l’opportunité toujours renouvelée de faire mieux, pour le « Bien commun ». Décidez, c’est aussi une nouvelle spiritualité, de part la foi qu’elle suppose envers soi et envers l’autre. Acte de foi, qui demande de croire en l’autre comme nous croyons en nous-même.

Car nous sommes entrés dans une phase « adolescente » de notre démocratie. C’est une idée que nous commençons à simplement penser, dans ce temps où nous laissons encore des êtres au dessus de nous décider pour nos vies. Nous sommes ces enfants de la démocratie, qui avons peine à grandir, à nous émanciper.

Une « nouvelle » classe particulière : les citoyens politisés et conscients que leurs intérêts ne peuvent se dissocier de la très grande majorité. Se projetant en elle, en contestation du pouvoir, dont la concentration entre les mains de quelques uns est Mère de tous les abus. Porteurs d’une nouvelle utopie, d’un monde où les individus sont maîtres d’eux-mêmes.

Certains verront dans cette proposition la marque d’un populisme. Mais à considérer que ce mot à pour racine le mot « peuple » pour en faire un isme péjoratif, le populisme dit moins sur ce qu’il est, quand il dit à l’inverse davantage sur celui qui l’énonce. On peut au contraire dans une approche positive du populisme y voir une exigence : celle d’écouter le peuple, les français rassemblés en citoyenneté, sans pour autant céder soi-même à toutes les propositions, y compris lorsque celles-ci récoltent un large assentiment